Le gabber va vous exploser le crâne

Par Jamie Clifton, photos et illustrations : Ryan Cookson, Daniele Ferrari, Exactitudes, Tom Nijhuis | fév 27 2013

Certaines personnes aiment se raser la tête, passer leur week-end à avaler assez de pilules pour passer les dix prochaines années à se mordiller la lèvre inférieure et à rouler des pelles à tout le public du Global Gathering. Il arrive que ce genre de personnes collent leurs oreilles à d’énormes enceintes déversant de la techno à plein volume dans leurs conduits auditifs jusqu’à ce qu’ils saignent ; mais si tel n’est pas votre cas, vous n’avez sans doute jamais entendu parler du gabber.

Imaginez une version hollandaise de la techno hardcore réalisée par des hyperactifs sous speed. Le genre de musique que cracheraient les baffles d’une Opel Corsa de Cambrai si les conducteurs de Corsa préféraient la MDMA de qualité et les créoles au mauvais shit et au tuning.

Alberto Guerrini est un ancien gabber italien qui a fait un super fanzine, Gabber, in the Name of Love et qui gère gabbereleganza Tumblr, un blog qu’il a lancé pour collectionner les photos et les œuvres d’art de la scène gabber qui menaçaient de tomber dans l’oubli. Le blog est rapidement devenu une archive de tout ce qu’on peut définir comme la « culture rave » et c’est un très bon moyen de perdre du temps que vous pourriez occuper autrement. J’ai chopé quelques photos sur son site et j’ai demandé à Alberto de répondre à quelques questions.

VICE : Salut Alberto. Comment t’es entré dans la scène gabber italienne ?
Alberto Guerrini :
Quand j’étais ado, j’avais un cousin plus âgé qui m’influençait vachement. Il était à fond dans la drum and bass bien hardcore, assez trippante, et la techno dégueulasse. C’est comme ça que j’ai commencé. Puis je suis allé dans une école privée, le genre où tu portes un uniforme, et il y avait un mec qui était vraiment différent des autres. Il avait le crâne rasé, il portait un survêt’. Je lui ai demandé pourquoi il s’habillait comme ça et il m’a dit : « Je suis un gabber. J’écoute du son hardcore. Je suis trop à fond dedans, mec. » J’étais mal dans ma peau alors dès que j’ai capté que cette tribu m’accepterait, j’ai décidé de la rejoindre.

Tu es passé de l’écolier sage au gabber du jour au lendemain ?
Ouais. J’ai commencé par me raser la tête. C’est le truc le plus facile pour devenir un gabber. Puis j’ai commencé à acheter toute la panoplie. La scène italienne était assez différente de ce que faisaient les Hollandais : on était plus influencés par les skinheads anglais, on portait du Lonsdale, du Fred Perry et des marques de sport italiennes. On portait aussi plein de marques italiennes qui avaient la cote chez les Hollandais comme Fila, et la marque la plus emblématique des gabbers, Australian by L’Alpina – c’est eux qui font les vestes et les survêtements fluo.

Mais tous les gabbers ont des Air Max des années 1990, non ? Peu importe d’où ils viennent.
Ouais, les Air Max, c’est obligé. Les gabbers aiment bien les Nike parce qu’on est à l’aise pour danser avec. Comme j’avais un peu grossi, je me suis investi à fond. Ça, les shorts de clodos et les tee-shirts hyper larges, c’était le dresscode.


Un mec totalement sobre fait une démo de hakken

Il y a des photos de tee-shirts sur ton blog qui sont incroyables.
Ouais. La plupart ont des slogans purement gabber, genre « Hardcore jusqu’à la mort » ou « Hardcore, toi-même tu sais ». Je crois que ces slogans viennent de la scène hardcore britannique. Il y en a aussi plein avec marqué « Hakken ». C’est le nom de la danse des gabbers. J’en avais plein qui étaient inspirés de l’iconographie black metal avec des inscriptions genre « Ta mère suce des bites en enfer ».

C’est sympa. Et les bombers customisés ? C’est toujours à la mode ?
Non, je crois que c’est un peu naze, maintenant. Je m’en étais fait un, à l’époque. J’avais découpé une image de Pinhead de Hellraiser et je l’avais mise dans le dos puis je l’avais recouverte d’inscriptions gothiques, de patchs et tout. Mais maintenant, le gabber se fait récupérer par d’autres modes de la tendance rave, genre les tétines, les lunettes de soleil, les dreads de toutes les couleurs et tout.


Photo tirée d'Exactitudes.

Dommage. La coupe gabber pour filles est toujours à la mode ? C’est vraiment une preuve esthétique radicale de l’appartenance à la cause.
Ouais, on la voit encore de temps en temps. Je trouvais ça cool parce que les mecs avaient le crâne rasé et pour moi, cette coupe extrême mais avec la queue de cheval, c’était un bon moyen de faire la différence entre les gabbers et les gabbeuses. C’est marrant, plein de stylistes se sont inspirés de ces coupes récemment.

C’est vrai. Sinon j’ai l’impression que la scène gabber a eu beaucoup de problèmes avec les skins néonazis qui se pointaient aux soirées. T’as déjà vu ça ?
Ouais, une fois ou deux, mais ça n’a jamais posé problème. C’était juste des putains de poseurs, des jeunes de 16, 17 ans qui ne savaient pas trop ce qu’ils faisaient ni de quoi ils parlaient. Ils se rasaient la tête, ils mettaient des croix celtiques et des svastikas sur leurs vestes et ils jouaient aux durs. En fait, c’était plutôt pathétique. Le problème, c’est qu’à cause d’eux et comme on avait le crâne rasé, les gens prenaient les gabbers pour des racistes. C’est un peu ce qu’ont vécu les premiers skins anglais qui écoutaient du reggae et qui étaient pas du tout nazis.

Et les autres ? C’était facile d’entrer dans cette scène ?
Oui, carrément. La plupart des gabbers d’origine, en Hollande, sont des types bien élevés, des gens bien mais qui ont l’air bizarre. Si une bagarre éclatait pendant une rave, par exemple, le DJ arrêtait la musique et s’assurait que tout allait bien. C’était tolérance zéro envers les gros cons. Et puis, tout le monde était défoncé donc on débordait tous d’amour pour notre prochain.

Et la scène italienne ?
Elle est pas aussi détendue mais c’est loin d’être affreux. Je me rappelle une fois, des mecs couraient partout et volaient des pompes. Ils les revendaient pour se payer de la coke. Mais c’était jamais pire que ça, il n’y avait rien de grave. C’est pour ça que j’ai appelé mon fanzine Gabber, in the Name of Love. Tout le monde s’entendait bien.

 

N’oubliez pas d’aller sur gabbereleganza.tumblr.com

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